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L. Hogan – Mean Spirit

Posted by danakame sur 26 août 2009

Auteurs indiens d’Amérique

MeanSpirit0web

Oklahoma, Territoire Indien, début des années 1920.
La découverte d’importants gisements pétroliers sur les terres appartenant aux Indiens fait la fortune de ceux-ci, au grand dam des barons du pétrole, blancs, naturellement. Tous les moyens sont bons aux tenants du pouvoir pour faire main basse sur ce sol riche.

Grace Blanket, qui détient une fortune en terres pétrolières, est assassinée. La famille Graycloud, qui a recueilli sa fille Nola, est menacée.
Autour d’eux, les morts et emprisonnements suspects se multiplient.
Les Indiens traditionnels, réfugiés dans les collines, envoient quatre de leurs « coureurs », des guerriers sacrés, pour veiller dans l’ombre sur la jeune Nola.
Des lettres arrivent au FBI à Washington, dénonçant les meurtres d’Indiens impunis. Elles restent sans effet malgré des fuites dans la presse.
Jusqu’au jour où Stace Red Hawk, un sioux devenu agent du FBI, est envoyé sur place en mission d’observation. Là, il renoncera à un idéal illusoire _ coopérer avec le monde blanc pour défendre son peuple _, et renouera avec la tradition des siens.

Fondé sur des données historiques attestées, le roman de Linda Hogan nous fait toucher du doigt le monde des traités bafoués, de la duplicité blanche, de la cupidité dévastatrice des « civilisateurs » avec ses conséquences sur l’univers indien désormais éclaté.
Conduit avec maestria dans une atmosphère impitoyable de terreur et de méfiance, le roman amène le lecteur à s’identifier aux victimes, à partager leur désespoir. On y voit et on y sent vivre les traditions et valeurs sacrées des peuples indigènes bafoués. On y vit les cassures, l’humiliation.

Sans verser dans le sentimentalisme, sans s’appesantir en analyses et explications, Linda Hogan met face à face deux mondes en opposition, l’un corrompu, l’autre en voie de perdre ses repères auxquels certains s’accrochent. Tout passe par le récit, raconté à la surface des choses, à la manière d’un scientifique étudiant le comportement des fourmis.
La puissance évocatrice de cette narration réside en deçà du texte, dans le non dit. Dans ce silence discret, le lien sacré qui unit traditionnellement les peuples indiens à la terre et aux êtres vivants prend une vigueur particulière, et sa mise à mal est perçue comme un viol par le lecteur.
Malgré quelques bouffées d’humour qui soulagent, le roman n’a rien d’optimiste et se déroule dans une atmosphère oppressante.
Si justice est finalement faite, les héros survivants, dépossédés, partent vers une page blanche, sans doute vers le passé et un retour aux sources. Mais rien n’est résolu dans le monde où se mêlent les univers Indien et Blanc.

Ainsi, c’est toute l’histoire des peuples indiens d’Amérique, d’une incompréhension irréductible, de conflits d’intérêts insolubles, qui transparaît à travers ce récit troublant, fondé sur une poignée de meurtres et une énigme. Très classique, naturaliste presque dans sa facture, ce livre représente un tour de force par sa portée et les réflexions qu’il inspire, par la manière qu’il a de nous faire pénétrer, nous, occidentaux blancs, au cœur de la pensée indienne, de nous faire toucher l’autre, vivre l’altérité de l’intérieur. Par la manière aussi dont il présente sans concession aucune les ambivalences des uns et des autres, dont il induit sans jamais diriger ou juger. Ici, les choses sont et ne sont que cela. Un grand roman de l’ambiguïté, et un constat tragique.powerweb

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Power

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