Danièle Laruelle: dire, écrire, traduire…

  • Archives

  • L’indispensable!

    Vous êtes traducteur, vous jonglez avec les tarifs et les unités de paiement, vous rêviez d'un convertisseur?
    Ne rêvez plus, il est en ligne!

    Cliquez ici pour accéder au Convertisseur de tarifs.

    Le Portail de la traduction et les membres de son Forum ont conçu et testé cet outil pour vous permettre d'y voir plus clair.

  • Dernière parution

    Les Stones
  • Travail en cours

    Pegasus
  • Rubriques « blog »

Victoires?

Posted by danakame sur 18 août 2009

logo_francemusique

Chroniques de la vie musicale

1990 – 1991

Les Victoires de quelle musique?

Figurez-vous que samedi soir, la vipère de l’éphémère s’est offert une glorieuse soirée « cocooning » devant la télé pour les « Victoires de la musique » — brillante distribution des prix, gala avec paillettes au cours duquel les vainqueurs recevaient des mains de leurs pairs un trophée — genre enzyme glouton en plus lourd — sous l’oeil attendri de Jack Lang, ministre de la chose culturelle, et sous la présidence émérite des gloires du métier: Yves Montand, section variété, Isaac Stern, section classique.

L’émotion était au rendez-vous et si, cette année, Vanessa Paradis a laissé ses larmes au vestiaire, l’égérie de Musique au coeur, la mèche assagie et le trac galopant, nous a gratifiés de lapsus, dignes du Prince de Mots-Tordus.

Dans le contexte « que l’on sait » [guerre du Golfe pour les oublieux] — et que l’on ne saurait nommer sans euphémisme —, la cérémonie des Victoires a suscité quelques déclarations impérissables. C’est ainsi qu’Yves Montand ouvrait le feu d’un impérieux « The show must go on » après avoir remarqué que, « si le monde n’était pas tel qu’on le rêvait, la musique, oui ».  Ah bon.

« Victoire de la musique sur la morosité »! Tel était le mot d’ordre entre deux tranches d’information. Mais victoire de quelle musique? La lettre d’introduction au dossier de presse nous informait que l’Association des Victoires souhaitait rassembler toutes les musiques et augmenter la part insuffisante de classique. Isaac Stern apportait d’ailleurs de l’eau à ce moulin en affirmant que « Le classique est la véritable musique pop puisqu’il existe depuis des siècles et qu’il restera. »

Je ne voudrais pas contredire le bon maître, mais je crains fort que la pérennité soit sans rapport avec la popularité. Et j’imagine mal un maçon sifflotant sur son chantier l’opus 111 de Beethoven!

Car les musiques victorieuses, 13 trophées en tout, sont celles qui sont dans tous les postes, dans toutes les boutiques et sur toutes les lèvres. Et ce sont aussi celles du plus gros marché — Patricia Kaas,  victoire des plus grosses ventes françaises à l’étranger. Et pas Mozart, et pas même les Ravel de Boulez, victorieux lui aussi. Oui, le classique est un ghetto — incontournable puisqu’associé aux classes cultivées, voire dirigeantes —, mais ghetto tout de même: 4 victoires classiques et deux petits numéros ont laissé la foule bigarrée du Zénith assez indifférente, tandis que des speakers gênés se hâtaient de changer le disque derrière.

Au fait, et le jazz dans tout ça? Certes, Martial Solal a bien joué quelques notes. Mais pour le jazz, musique d’un vrai ghetto devenue culture codée d’une élite marginale, pour le jazz point de victoire.

Les victoires de la musique s’évalueraient-elles en parts de marché?
Je laisse la conclusion à Patricia Kaas, avec L’enterrement de Sidney Bechet

Wheel_Or_web

© Danièle Laruelle, France Musique, février 1991.

Publicités

Sorry, the comment form is closed at this time.

 
%d blogueurs aiment cette page :