Danièle Laruelle: dire, écrire, traduire…

  • Archives

  • L’indispensable!

    Vous êtes traducteur, vous jonglez avec les tarifs et les unités de paiement, vous rêviez d'un convertisseur?
    Ne rêvez plus, il est en ligne!

    Cliquez ici pour accéder au Convertisseur de tarifs.

    Le Portail de la traduction et les membres de son Forum ont conçu et testé cet outil pour vous permettre d'y voir plus clair.

  • Dernière parution

    Les Stones
  • Travail en cours

    Pegasus
  • Rubriques « blog »

Sponsoring?

Posted by danakame sur 18 août 2009

logo_francemusique

Chroniques de la vie musicale

1990 – 1991

Mécénat, sponsoring, subventions?

Comme dirait mon brillant collègue de la chaîne voisine dont je ne prétends pas avoir le talent, ce n’est pas pour me vanter, mais l’autre soir, je suis allée au concert.

J’entre dans la salle pourvue de l’inévitable petit journal intitulé « Cadences », et mon oeil s’arrête sur cette phrase: « Les mondes du spectacle, de la communication et du sport sont cousins, généreux de nature, ayant fait le choix de métiers basés sur le dépassement de soi. » Un démon ironique me souffle que ces trois cousins généreux partagent un même besoin crucial de sponsoring.

Sponsoring! proteste la puriste. Mais on est en France, il y a d’excellents mots français pour cela: subvention, mécénat…  Tut,tut, tut, fait la linguiste prompte à intervenir. Est-ce vraiment la même chose?

Réfléchissons. La subvention est principalement associée à l’État, plus libéral dans ses vues qu’il ne l’est de ses deniers; la subvention fait pauvre, assistance publique en quelque sorte. Le mécénat fait riche: il est généralement le fait d’un seul, le Mécène; autrefois prince perruqué, protecteur des arts poudré faisant vivre les petits Mozart de ce monde, la Révolution l’a mué en un banquier, en affairiste pansu avec gilet et chaîne de montre. Il peut s’appeler Sir John Christie, et faire construire dans son château de Glyndebourne un théâtre lyrique pour que sa femme puisse y chanter… Mozart.

Venu des Amériques, le Sponsor fait riche lui aussi. Mais il n’a pas de visage. Il s’appelle IBM, Midland Bank, ADEMA — sigle impénétrable — Laboratoires Delalande, qui « sponsorise » un disque Delalande chez Harmonia Mundi, Rhône-Poulenc, qui sponsorise un festival de musique française avec, au programme, des oeuvres de Poulenc. Et l’on se perd en conjectures sur les associations possibles: France Telecom et la Voix Humaine, Roussel-Uclaf et un festival Roussel — à croire que la musique française implique la migraine.

Quoi qu’il en soit, rien n’est nouveau sous le soleil et la règle du jeu reste la même: ne point déplaire au prince et lui renvoyer une image flatteuse de lui-même. Car toute chose se paie, en argent, en labeur, ou en compromission.

Ce qui me rappelle une anecdote salonesque: à une jeune personne outrée qu’on puisse imaginer qu’elle passerait une nuit avec un monsieur peu ragoûtant mais fort riche pour une somme fabuleuse, jeune personne qui s’était à ce propos exclamée: « Mais enfin, pour qui me prenez-vous! », Bernard Shaw aurait répondu : « Mais, pour rien, chère amie, le principe n’est pas en cause. C’est du prix que nous discutons. »

Wheel_Or_web

© Danièle Laruelle, France Musique, novembre 1990.

Publicités

Sorry, the comment form is closed at this time.

 
%d blogueurs aiment cette page :