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Oreille absolue

Posted by danakame sur 18 août 2009

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Chroniques de la vie musicale

1990 – 1991

Absolu, où est ta victoire?

Une définition de l’oreille absolue trouvée récemment dans une revue m’a rappelé que, comme dit le proverbe, mieux vaut ne pas ouvrir une boîte de sardines avec une clef de sol parce qu’on perd le thon.

Ouvrons néanmoins la boîte de Pandore de cette définition:  phénomène rarissime, ce monstre du Loch Ness musical serait la faculté d’identifier une note hors de tout contexte. Et moi de me demander quelle note on peut identifier compte tenu des variations de diapason.

Certes, certes, nous avons aujourd’hui, du moins théoriquement, normalisé le La à 44O. Mais il s’y tient rarement puisque les orchestres symphoniques ont tendance à monter afin que les cordes paraissent plus brillantes cependant que les baroqueux descendent allègrement par paliers divers jusqu’au La 415 et que les différences s’entendent.

Si les heureux possesseurs d’oreilles miraculeuses tolèrent une telle marge d’erreur, leur acuité auditive a de quoi faire rire les musiciens extraeuropéens qui travaillent sur des quarts et des huitièmes de tons. Par contre, si ces prodiges ont avalé le La 440 avec le lait de leur mère, la vie musicale doit être à leurs oreilles un interminable cauchemar de fausses notes.

Qualité rare que cette oreille capable de gâcher le plaisir de la musique! Et que penser de Mozart qui nous a légué des chefs-d’oeuvre écrits à une époque où, d’un château à l’autre, le diapason variait allègrement hors norme, joyeusement inconscient du La 440?

Ce qui me gêne dans cet absolu, c’est que la musique est plutôt relative. Peu soucieuse d’un diapason absolument exact, elle est affaire de phrase, de sens et de contexte. Si le piano, bêtement tempéré, ignore la différence entre La dièse et Si bémol, n’importe quel violoniste sait que ces deux notes ne sont pas identiques et que le contexte décide de l’intonation juste, quel que soit le diapason.

Hors contexte, soyons sérieux, il n’y a plus de notes, mais des fréquences vibratoires — identifiables certes, mais en termes de fréquences. Et une oreille exercée à détecter d’infimes variations de fréquence n’a pas forcément décidé que, hors le La 440, il n’était point de vérité musicale.

Qu’on cesse donc de nous importuner avec de fausses valeurs dont le seul but est de prouver qu’on est hiérarchiquement supérieur à son voisin. Ce ridicule critère olympique relève non de la musique, mais d’une volonté de pouvoir.

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© Danièle Laruelle, France Musique, avril 1991.

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