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Migrations…

Posted by danakame sur 18 août 2009

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Chroniques de la vie musicale

1990 – 1991

Écomomie musicale!

Depuis la chute du rideau de fer et du mur de Berlin,  le monde de la musique bouge et tremble parfois sur ses bases. Pour la fête de la musique en juin dernier, nous apprenions, en direct sur cette antenne, la dissolution probable d’orchestres polonais. Actuellement, les spécialistes surveillent avec attention le pouls de Berlin réunifiée pour voir comment la ville va gérer ses trois opéras et ses onze orchestres — une dangereuse pléthore musicale.

Tandis que Budapest voit le public bouder les salles de concert dont les tarifs inflationnistes ne sont plus à la portée de toutes les bourses, le Festival d’automne nous offrait cette année Budapest sur Seine avec tout ce qui se fait de mieux là-bas.

Les programmes de nos théâtres lyriques, de nos spectacles de ballet, se couvrent de noms aux entassements de consonnes aussi imprononçables que révélateurs de leurs origines.

Bref, les artistes de l’Est déferlent sur nos scènes et les gentils journalistes parlent « d’ouverture » et de « nouvelle politique d’échanges culturels ». Le Hic, c’est que « l’échange » s’opère massivement dans un seul sens, et quand je dis massivement, je pèse mes mots. Dernier gimmick à la mode, adopter un ensemble soviétique — avec armes, bagages et familles — un peu comme on adopterait un enfant du tiers monde. La ville de Montpellier ne vient-elle pas d’offrir à Bashmet et à ses solistes un contrat longue durée avec hébergement? Et celle de Barcelone ne vient-elle pas de confier à Spivakov et à ses virtuoses une importante tâche de politique musicale sur plusieurs années?

Bien fou d’ailleurs qui songerait à s’en plaindre puisque chacun y trouve son compte. Le public se réjouit de la nouveauté et de la qualité; les organisateurs de l’exode — qui ne sont pas des philanthropes — y gagnent en prestige et, sans doute, en deniers; les artistes importés n’ont plus à faire la queue devant des magasins vides.

Cependant, l’euphorie passée, ces travailleurs immigrés de la culture seront-ils en mesure d’aligner leurs tarifs sur ceux de nos superstars ? Dans un système concurrentiel, ces prétendus « échanges » ne risquent-ils pas de casser le marché? Qu’adviendra-t-il de nos orchestres? De nos solistes? Verra-ton le jour où, détrônés par une main d’oeuvre musicale moins coûteuse et sous haute surveillance économique, ils en seront réduits à chercher pitance à l’Est, ménestrels d’un nouvel âge arpentant les steppes de l’Asie centrale, jouant dans des villes invisibles dont les cartes ont oublié le nom pour trois patates et quatre roubles et déchargeant, comme Chaliapine à ses débuts, les cargos de pastèques sur le Volga pour payer leur passage?

En ce début d’année, je souhaite que cette mauvaise fiction ne soit que le fruit de mon pessimisme excessif.

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© Danièle Laruelle, France Musique, janvier 1991.

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