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Posted by danakame sur 18 août 2009

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Chroniques de la vie musicale

1990 – 1991

Musique vivante?

Dans la lettre du musicien, voici quelques semaines, Michèle Worms s’inquiétait pour la santé de la musique vivante, victime, dans notre belle capitale en tout cas, d’une surabondance de concerts concurrents, de tarifs exorbitants, et peut-être même de l’insécurité nocturne qui en détournerait une partie du public, sans parler du dégoût des « jeunes » pour le rituel costumé bourgeois des concerts. Certaines de ces remarques valent pour Paris et non pour Londres, d’autres pour une capitale et non pour la province. Elles ont certes toutes une part dans la menace qui pèse sur la musique que l’on écoute au concert; mais un danger plus insidieux appelé disque menace la vie même de la musique. Et pas seulement parce qu’un CD offre, pour le prix d’une place de concert, la possibilité d’écoutes répétées — ce qui le rend économique.

Économique sur le plan financier, le disque l’est aussi sur le plan de l’effort: pourquoi se fatiguerait-on désormais à jouer soi-même médiocrement quand une simple pression sur un bouton magique fait sortir la perfection musicale des haut-parleurs du salon?

Et justement, à propos de perfection, celle-ci n’est-elle pas l’ennemie de la vie, en musique comme ailleurs? Que penser lorsque les interprètes se préoccupent de perfection technique plus que d’interprétation? Lorsque les personnalités et les styles disparaissent au profit d’un produit international standardisé? Lorsque, comme à Birmingham, on construit des salles de concert pour qu’elles sonnent comme des compacts ? Lorsque certains de vos amis ne vont plus à l’opéra parce que les voix s’entendent mieux au disque qu’au théâtre? Et que penser enfin lorsqu’on assiste, huit heures durant à l’enregistrement d’un bref mouvement de symphonie par tranches de trois à dix mesures reprises à l’infini jusqu’à ce que toutes les notes y soient… L’oeuvre étant par la suite reconstituée au montage comme le bifteck ou les frites surgelées!

Il ne faut plus penser, mais crier au scandale, aux contrefaçons et au contresens ! Le vrai son de la musique est celui qu’elle fait dans les salles; l’opéra se voit et s’écoute au théâtre parce que c’est avant tout du théâtre chanté — et tant pis si la voix n’est pas toujours au premier plan ou si ceux qui n’en ont pas ne sont plus en mesure de tricher! La musique comme les fleuves coule toujours dans le même sens, celui du temps, et les rafistolages à postériori de l’industrie du disque produisent des idées fausses avec des notes justes alors qu’un véritable artiste peut toujours sur scène donner une idée juste avec quelques notes fausses.

Comme me le disait Suzanne Danco voici quelques années, « Bien sûr, lorsqu’on enregistre pour un disque, il faut que ce soit parfait puisque c’est censé durer l’éternité, mais, vous savez, le disque, ce n’est jamais que des petits pois en boîte ». J’ajouterai que, si le légume frais est en théorie meilleur, tout animal correctement conditionné finit par préférer la conserve. Aussi, célébrons l’air du toc avec Alain Souchon – J’suis bidon!

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© Danièle Laruelle, France Musique, novembre 1991.

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