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Des sous… des sous!

Posted by danakame sur 18 août 2009

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Chroniques de la vie musicale

1990 – 1991

Parler d’argent est inconvenant.

Certes, on en parle, beaucoup même — mais in abstracto.

Il est par exemple de bon ton de crier que l’opéra Bastille est un gouffre insondable. Mais dès qu’un petit malin a le mauvais goût de laisser tomber publiquement des sommes précises, le bruit de la chute précipite illico les bonnes âmes vers la digue pour mettre les doigts dans les trous et arrêter la fuite — pas celle des capitaux, mais celle de leur montant. Pendant quelque temps, les journaux se couvrent de pages en forme d’autojustification de la part de ceux qui se sentent visés puis le soufflé du scandale retombe et l’on passe à autre chose selon la loi immuable de la consommation des nouvelles.

Un fait demeure: Bastille ou pas l’opéra coûte très cher, trop cher. Les grandes maisons lyriques font presque toutes des déficits énormes. Le Covent Garden de Londres est exsangue. Si les autorités italiennes cessaient de pomper des capitaux dans le système pour offrir au peuple les jeux du cirque qu’il étale sur son pain, une bonne partie des scènes de la péninsule s’effaceraient de la carte. À qui la faute? À la politique de prestige, prétendent les uns; les cachets monumentaux des stars — chanteurs, chefs, décorateurs, metteurs en scène — compromettent les budgets. Pas du tout, rétorquent les autres, ce sont les armées syndiquées des coulisses qui dévorent le gâteau — songez que, passé minuit, le carrosse se transforme en citrouille lorsque ces rats réclament des heures supplémentaires payées jusqu’à 200% ! Réconcilions-les tous d’une simple constatation: si tout est trop cher, c’est que nous n’avons plus les moyens de nos ambitions — l’histoire le prouve sans contredit.

Quel industriel aujourd’hui pourrait, à lui seul, s’offrir le luxe d’un théâtre lyrique, et d’y monter en prime coup sur coup quatre créations contemporaines dans des décors somptueux conçus par les plus grands peintres? C’est pourtant ce que fit Mamontov, le Stanislavski de l’opéra, dans son théâtre de Moscou au début de ce siècle. Plus près de nous, Sir John Christie fit construire à ses frais un théâtre pour son manoir de Glyndebourne aux seules fins d’y produire, toujours à ses frais, un festival Mozart.

Au terme de la première saison en 1934, il épongeait tout seul un déficit d’environ deux milliards de francs actuels — soit un huitième de ses coûts de production. Après guerre, le festival ne put reprendre. Malgré sa fortune, Christie aurait alors dû vendre tous ses biens pour régler la facture. Au Met, en 1950, une bienfaitrice devait vendre un Rembrandt pour financer un Don Carlos pourtant moitié moins cher qu’une production de Glyndebourne en 1934!

Quant au cachet des super vedettes, je crains qu’il n’ait beaucoup baissé au fil du siècle. Une fiche comptable nous apprend que, pour la saison des Ballets Russes en 1909, le grand Chaliapine faisait, à lui seul, l’objet d’une rubrique budgétaire, et touchait 55 mille francs de l’époque — soit autant que les choeurs, presque autant que l’orchestre, et autant que le budget publicitaire ajouté au salaire de tout le personnel technique!

Je ne crois pas que Pavarotti atteigne de tels sommets et je crains que la question ne soit pas de savoir où passe l’argent mais où il est passé puisqu’à l’évidence, il y en a moins!

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© Danièle Laruelle, France Musique, novembre 1991.

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