Danièle Laruelle: dire, écrire, traduire…

  • Archives

  • L’indispensable!

    Vous êtes traducteur, vous jonglez avec les tarifs et les unités de paiement, vous rêviez d'un convertisseur?
    Ne rêvez plus, il est en ligne!

    Cliquez ici pour accéder au Convertisseur de tarifs.

    Le Portail de la traduction et les membres de son Forum ont conçu et testé cet outil pour vous permettre d'y voir plus clair.

  • Dernière parution

    Les Stones
  • Travail en cours

    Pegasus
  • Rubriques « blog »

Décor unique

Posted by danakame sur 18 août 2009

logo_francemusique

Chroniques de la vie musicale

1990 – 1991

L’opéra mort ou vif…

Voici une dizaine de jours, j’assistais au Coliseum de Londres à une représentation de Billy Budd. L’oeuvre s’ébauchait à peine que le cauchemar recommençait: vide sidéral de la scène, lumière plate, décor unique, symbolisme quatre fois souligné à gros traits et, pour couronner le tout, du gris, encore du gris et une touche de rouge — bref, le degré zéro du spectacle. À l’entracte, j’explose: si l’on ne peut plus nous offrir que la désolation d’un imaginaire désertique, eh bien, décor unique pour décor unique, qu’on donne désormais l’opéra en version de concert et qu’on arrête les frais!

Les frais, voilà bien le mot clef de l’affaire. Nul n’ignore qu’à l’heure actuelle, les maisons d’opéra de par le monde creusent sous elles d’insondables abîmes financiers. Diable, c’est là un luxe coûteux — en machinerie, en personnel, en heures de travail! Alors, qui sait, ces mornes décors uniques au vide lancinant ne sont peut-être que l’expression visuelle d’un souci d’économie généralisé.

Reflet scénique d’un monde qui n’a plus les moyens de s’offrir du spectaculaire à longueur de saisons, je crains, à la réflexion, que la vogue du décor unique ne satisfasse aussi l’impatience d’un public conditionné à la continuité par le disque, le cinéma et la télévision. Je me souviens du prodigieux agacement qui régnait, à Covent Garden, pendant les nombreux et interminables changements de décors d’une Luisa Miller ultra conventionnelle. Les jeux du cirque et pas de temps morts, voilà ce que demande le peuple!

Tiens donc, me souffle à l’oreille quelque mauvais génie, pourquoi ne pas imaginer une forme de publicité à l’opéra qui permettrait de meubler les vides et de financer de somptueuses productions? L’idée est séduisante, mais elle n’a qu’un défaut qui renvoie illico mon génie au fond de sa bouteille: comme le vide, la publicité constitue une rupture; or, cela, nous ne l’admettons pas. Au spectacle, nous avons perdu la souplesse d’esprit de nos ancêtres, cette même souplesse qui permet de poser un roman en cours de lecture pour le reprendre quelques heures, voire quelques jours plus tard.

Si l’opéra est malade de l’argent, il l’est aussi de nos défauts et le remède doit faire l’économie des coûts et des temps morts.  Il existe, d’ailleurs, ce remède et quand tous ces messieurs auront fini de traquer le symbole dans le désert, peut-être songeront-ils aux inépuisables ressources des images de synthèse et autres projections, décor virtuel fait d’illusion et de lumière. À moins bien sûr que nous ne soyons devenus collectivement trop misérables pour réinventer l’opulence, fut-elle fictive.

Wheel_Or_web

© Danièle Laruelle, France Musique, septembre 1991.

Publicités

Sorry, the comment form is closed at this time.

 
%d blogueurs aiment cette page :