Danièle Laruelle: dire, écrire, traduire…

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Critique?

Posted by danakame sur 18 août 2009

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Chroniques de la vie musicale

1990 – 1991

Petite critique de la critique.

« Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler, écrivait Pierre Dac, est le principe majeur de ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir ».  Nous vivons, parait-il, une ère de communication. Mais plus ça communique et moins ça communique et si ça continue, l’emballage finira par remplacer le produit.

Trois mois de revue de presse hebdomadaire sur cette chaine m’auront appris qu’en France, en matière de critique musicale, on glissait perceptiblement sur la pente dangereuse qui consiste à préférer l’annonce de concert au compte rendu proprement dit. Le très respectable journal Le Monde n’échappe pas à cette mode — à laquelle il ajoute une subtilité de sa façon: comme il parait l’après-midi avec la date du lendemain, le lecteur inattentif peut prendre pour une critique le rédactionnel de presse qui annonce le concert du soir.

Je vous entends déjà protester au bout de votre poste: « Mais enfin, dites-vous, on ne peut pas confondre un texte critique et une annonce ».

En théorie, vous avez raison. Mais en pratique, les choses ne sont pas aussi simples et trois mois d’épluchage quotidien des journaux m’ont aussi appris qu’en notre beau pays, ce qui passe pour une critique de concert n’est souvent qu’une présentation succincte des oeuvres au programme, suivie de formules convenues et vagues concernant les interprètes. Pour le détail de l’interprétation, on reste souvent sur sa faim. Ou bien encore, on est gavé d’une pâte épaisse et mielleuse de jolis adjectifs laudateurs, équivalent critique de la crème de marrons en tube qui n’en dit guère plus long sur la musique ou la façon de la jouer.

Certes, il arrive, et c’est heureux, que quelqu’un cherche à dire quelque chose. Mais c’est souvent alors sur la pointe des pieds, avec mille précautions, périphrases et non-dits qui sentent leur auto-censure. . . Au nom de quoi, on se le demande. Et le cheval critique n’a la bride sur le cou que pour crier Haro sur le baudet Bastille.

Diable, avoir un avis et un goût personnel n’est pas un crime. C’est même, pour un critique, le seul critère de fiabilité. Car le lecteur, ce qu’il veut, c’est se faire une idée de ce qu’il aimera ou n’aimera pas. Lui se soucie fort peu de plaire ou non aux instances commerciales. Il aime la musique pour son plaisir, il a son goût à lui et ce qu’il cherche dans la presse, le lecteur, c’est un avis — forcément subjectif, mais toujours cohérent — qui lui permette d’étalonner son goût face à celui de l’autre et de décider pour lui de ce qu’il achètera ou bien ira entendre.

Pour le lecteur, la langue de bois musicale n’est que vaine littérature, et le miroir brisé d’une critique où il ne se retrouve plus qu’un objet inutile.

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© Danièle Laruelle, France Musique, janvier 1991.

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