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Classic blues!

Posted by danakame sur 18 août 2009

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Chroniques de la vie musicale

1990 – 1991

Ce billet d’humeur saluait le premier numéro d’un magazine intitulé Classic qui aura vécu… ce que vivent les roses.

Qu’est-ce qu’un musicien classique?

Un type déguisé en pingouin? Une dame du soir en robe longue? Des gens de bon goût, un peu ennuyeux, qui jouent Mozart, surtout cette année, Beethoven, Brahms, tous ces gens dont on connait le nom même si l’on n’y connait rien — surtout si l’on n’y connait rien.

En cette époque publicitaire, il fallait bien faire quelque chose pour « revaloriser » cette image poussiéreuse et désuète; pour attirer dans nos salles de concert ces jeunes à qui s’adressent massivement les communications de masse. Hors de la jeunesse, point de salut. De quelle jeunesse parle-t-on? Où commence-t-elle? Où finit-elle? Nul n’en sait rien. Alors, on suppute. On lui invente un langage — un langage qui « décoiffe », convenu et artificiel.   Puis, à grands coups de ce langage, on essaie de lui faire gober le concert classique qu’elle rejette forcément. On choisit de jeunes interprètes, de préférence présentables, et on les met en scène comme pour une pub Chevignon. Cuirs, motos, drapeaux américains, Londres punk, tout est bon. On transforme une jeune pianiste en Vanessa Paradis du clavier, un harpiste en Apollon sportif sur un quai de port, on vous flanque un piano qui fait le boeuf sur le toit…

Ce qu’on vend? Pas la musique: elle se contente de quelques adjectifs entièrement gratuits. On vend de l’image riche. Avez-vous une idée de ce que peut coûter le transport d’un piano sur un toit? D’une harpe sur un port? Avec retour chez le propriétaire et séance d’accordeur en prime? Ajoutez à cela les déplacements du photographe avec frais d’hôtel, le prix des photos — exorbitant si le photographe est aussi le metteur en scène, doublement exorbitant s’il faut payer les services d’un « créatif ».   Bref, on dépense beaucoup d’argent, moins pour convertir une jeunesse qui, à tout prendre, préfère Michael Jackson, que pour montrer qu’on en a.

Ce qui me gêne, ce n’est pas tant qu’un mensuel classique se ruine à prêcher des convertis dans ce langage « décoiffant » qui les défrise,  ou à prêcher dans le désert d’une jeunesse mythique. Ce qui me gêne, dis-je, c’est que des musiciens dont il m’arrive de respecter le talent se prêtent à de telles inepties. Je suis peut-être cynique, mais je me demande parfois si on ne les aurait pas payés eux aussi pour jouer le jeu de l’image. Jeu de dupe auquel, finalement, personne n’a rien à gagner. . . Sauf les déménageurs, l’accordeur, le photographe, le créatif. . .

Mille pardons, cela fait des emplois!

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© Danièle Laruelle, France Musique, novembre 1990.

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