Danièle Laruelle: dire, écrire, traduire…

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Y a du bruit dans la musique…

Posted by danakame sur 17 août 2009

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Chroniques de la vie musicale

1990 – 1991

La musique, dit-on, s’écrit sur le silence.

Mais la nature a horreur du vide et le silence n’est jamais parfait.

Au concert, il y a le public. Le public c’est les autres, et les autres, c’est l’enfer. Il y a toujours quelqu’un pour faire grincer son siège et vous gâter le moment qui vous donne le frisson; il y a l’objet qui tombe, le ronflement intempestif du malheureux qu’on a dû traîner là contre sa volonté, la dame qui craint soudain d’avoir perdu ses clefs et se met tout à trac à fouiller dans son sac au beau milieu de l’adagio. Il y a les toussotements qui explosent en tumulte à la fin de chaque mouvement; les béotiens qui applaudissent sans savoir à la moindre cadence; les excités de l’opéra incapables d’attendre que la musique ait achevé son discours pour saluer la prouesse du chanteur.

À domicile, nos oreilles devenues trop sensibles se hérissent au moindre crachouillis d’un vinyle labouré; nous ne supportons plus l’horrible grattage des 78 tours que les éditeurs d’archives s’ingénient à gommer avec plus ou moins de bonheur; même le chuintement discret des bandes magnétiques nous devient une torture, car rien ne saurait nous satisfaire qu’un son d’une pureté sidérale. Gagnés par le démon de la perfection, les artistes d’aujourd’hui s’échinent des heures durant à supprimer de leur jeu ces petits bruits parasites qui sont ceux de la musique même: bruit du souffle dans la flûte ou des doigts sur un manche, vibration métallique des cordes sur les frettes, cliquetis des clefs de la clarinette. Et, derrière eux, des armées d’hommes du son parachèvent le travail à grand renfort de prises supplémentaires, de filtres et de coups de ciseaux pour nous offrir ces produits lisses et prévisibles, aussi carrés que les tranches de colin surgelé qui en ont oublié la forme du poisson.

Amoureux fanatiques de la lettre, n’aurions-nous pas perdu l’esprit avec la spontanéité? Diable, la perfection n’est pas de ce monde et, par sa rigidité même, elle est un crime contre la vie. Les Indiens d’Amérique du Nord le savaient bien, qui introduisaient sciemment des erreurs dans leurs tissages pour ne point offenser les dieux.

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© Danièle Laruelle, France Musique, octobre 1990.

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