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Musique d’ameublement

Posted by danakame sur 17 août 2009

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Chroniques de la vie musicale

1990 – 1991

Le rêve d’Éric Satie devient réalité.

La musique est partout. Au Kilomètre ou en ondes énergétiques FM, elle vous ruisselle dessus dans les couloirs du RER, les salles d’attente, les magasins et les supermarchés. Point de parapluie pour s’en défendre. Il semble même que certains mutants de l’espèce ne puissent plus s’en passer, et l’on croise, au fil des trottoirs, des autistes à l’oeil vide, les oreilles vissées au Walkman. Ils vous rentrent dedans faute de vous avoir vu et disparaissent sans avoir perçu le choc sous l’anesthésie musicale, tandis que vous vous massez le coude en ravalant votre fureur.

La musique adoucit les moeurs, dit-on, et c’est sans doute à cela qu’ont songé les géniaux inventeurs des attentes musicales. Autrefois, lorsque vous appeliez les taxis, la SNCF, les administrations, les hôpitaux et j’en passe, cela sonnait occupé, ou cela sonnait tout court. Vous raccrochiez pour recommencer, et l’exaspération du temps perdu ne se manifestait qu’au bout d’un certain nombre de tentatives infructueuses. Aujourd’hui, cela répond, immédiatement et en musique; musique fabriquée sur mesure, variété hurlante, jazz ou classique, fond sonore censément agréable ponctué par la voix suave et persuasive d’une hôtesse qui vous promet que l’on va vous répondre.

Certes, rien ne gâchera jamais de la mauvaise musique d’attente, pas même cette bande usée qui introduit une syncope parasite dans un motif qui s’en passait fort bien. Mais, pour le reste je le dis, c’est de la discrimination socio-douloureuse.

Ce pop braillard qui vous vrille les tympans vise un public jeune et vous serine que vous n’êtes plus dans le coup. Vous raccrocheriez bien si vous n’aviez un tel besoin de ce taxi nocturne! Quant aux attentes jazz — haut de gamme branché — ou classiques — haut de gamme bourgeois —, elles relèvent du supplice chinois de la goutte d’eau. Vous en connaissez le motif — toujours un grand classique — vous attendez la suite. Et voilà que cela repart en boucle, sans rime ni raison, da capo sur une dissonance avec, en prime, la voix de l’hôtesse. De minute en minute, vous anticipez les désagréments à venir jusqu’à la tétanie… et vous voilà fort aise qu’on vous réponde enfin.

Psychologiquement, cela tient du génie! On se passerait de la torture, direz-vous. Personnellement, je m’en console assez, car les centimes que nous perdons en attentes musicales tombent dans l’escarcelle de France Télécom, cet aimable mécène de la vraie bonne musique.

Comme dirait mon inter-collègue de huit heures moins le quart, nous vivons une époque moderne.

© Danièle Laruelle, France Musique, octobre 1990.
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