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Consumer music

Posted by danakame sur 17 août 2009

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Chroniques de la vie musicale

1990 – 1991

Aujourd’hui, un billet-choc éthique, chic et toc.

Saint Thomas avait de la chance: s’il manquait de foi, du moins croyait-il dur comme fer à ce qu’il voyait… Ce qui n’est pas toujours mon cas puisqu’il m’arrive de me frotter les yeux et de me pincer très fort avant de me convaincre que ce que je vois est vraiment vrai, aussi réel et solide qu’un chêne centenaire dans un champ.

Par exemple ce portrait, qui m’avait fait sourire dans le contexte ironique du petit ouvrage de George Liebert sur les chefs, portrait de Lorin Maazel en homme-sandwich de luxe pour les montres Rolex. Eh bien, tout récemment, voilà qu’il m’a surprise au détour d’un hebdomadaire italien pour me plonger dans un abîme de perplexité incrédule.

Pourquoi? Cela, George Liebert l’ignorait à la rédaction de son livre et c’est peut-être dommage. Figurez-vous que l’autre jour, en quête de matière pour ma revue de presse préférée, j’ouvre mon Espresso habituel à la rubrique des spectacles et je tombe sur ledit portrait suivi d’un long rédactionnel publicitaire des plus coquets. Était-ce là la critique de la semaine? Sans doute, car il n’y en avait pas d’autre.

Après tout, me dis-je, c’est une forme de commentaire. Maazel est l’un de ces rares chefs chronométriques, capables, à dix ans d’intervalle, de vous garantir le minutage d’une symphonie de Malher à quelques secondes près. Ses montres sont certainement très fiables.

Mais, au-delà de cette réflexion, que vendait-on à qui? Rolex aux amateurs de Maazel lecteurs de la critique du jour? Maazel aux porteurs de Rolex mélomanes?

La réponse est sans importance: l’important, c’est de vendre — ou d’acheter. Depuis que les artistes sont, dans le jargon, devenus des « produits », depuis qu’on nous fabrique à la chaîne de nouveaux virtuoses toujours plus jeunes et dynamiques — qui disparaissent comme ils sont apparus dans la meilleure tradition de tous les Top 50 —, depuis qu’on enregistre au kilomètre des intégrales en tous sens, que les CD s’alignent par milliers sur les rayons des hypermarchés de la musique — où le personnel est incapable de vous renseigner et plus encore de vous conseiller —, il est clair que nous vivons l’ère de la Musique-qui-lave-plus-blanc.

À la manière de Guy Béart qui chantait autrefois « Dans regrettable, il y a table et il y a regret », on serait tenté aujourd’hui de chanter: « Dans consommation, il y a … sommation »

Vous déduirez le reste vous-même puisque nous sommes sommés de consommer le plus bêtement du monde.

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© Danièle Laruelle, France Musique, octobre 1990.

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