Auteurs indiens d’Amérique

Deux meurtres, deux leaders charismatiques assassinés dans des circonstances mystérieuses à plusieurs siècles d’intervalle: Red Shoes, chef de guerre chocktaw en 1738, et Redford McAlester, chef politique de la nation chocktaw en 1991. Au coeur de ces deux énigmes liées par delà le temps, la famille Billy, plus spécialement les femmes. Des esprits qui remontent aux mythes de création, qui rejouent éternellement les mêmes combats pour les mêmes valeurs à travers des acteurs humains finalement indifférents dans le grand cycle de l’Histoire. Deux récits tissés en un seul, et une fable symbolique, rocambolesque, chamanique et morale.
Le roman s’ouvre sur le récit d’un “mythe”, d’une tradition remontant à l’arrivée des Espagnols, sur la chronique d’un sacrifice lié à cette tradition – celle des Pacificatrices. Shakbatina, la danseuse aux carapaces de tortue qui en est l’héritière, donne sa vie pour sauver celle de sa fille accusée à tort d’avoir tué l’autre compagne de son mari, le chef Red Shoes. Le but du sacrifice est d’éviter une guerre entre les factions rivales dont sont issues les deux épouses du chef qui, lui, sera tué plus tard sans qu’on sache comment ou par qui. Mais Shakbatina le sait.
Des générations plus tard, son esprit revient hanter les femmes Billy, ses descendantes du XXème siècle, révélant ce mystérieux passé par bribes à chacune d’elle tandis que tout l’appareil policier et judiciaire se met en branle suite à l’assassinat de Redford McAlister, retrouvé mort, en tenue compromettante et couvert de rouge à lèvre, près d’Auda Billy, sa compagne et adjointe restée sans connaissance.
Elle est accusée du meurtre malgré l’absence de preuves et son manque de souvenirs. Rejouant le sacrifice ancien, sa mère se dénonce comme coupable. Ses soeurs, respectivement génie de la haute finance et comédienne, plantent leurs activités sur des «intuitions» visionnaires pour regagner la maison familiale ancestrale devenue cellule de crise. Les vieilles tantes, ex gloires de Hollywood arrivent aussi.
Cette ligue des femmes va mobiliser la communauté, faire jouer des relations extérieures au microcosme politique corrompu afin de sauver Auda et sa mère, de mettre en lumière des agissements douteux et la collusion des autorités avec la mafia dont l’argent est à l’origine du casino. Le collectif l’emportera sur la cupidité individuelle, et les plus vieux, obéissant à une logique ancienne dictée par les esprits, partiront vers les terres d’origine de la tribu dans le Missouri pour y mettre en terre au lieu de création toute cette longue histoire et rendre la paix de l’âme au chef tourmenté, ce au sacrifice de leur vie.
Sur cette toile de fond, qui a quelque chose d’une tragédie shakespearienne revue à la lumière des traditions indiennes, se greffent des péripéties tragiques ou violentes, ironiques ou comiques. En contrepoint de l’histoire de Red Shoes au XVIII ème siècle, on voit défiler de curieux personnages, comme cette femme porc-épic aux étranges pouvoirs qui se fait appeler Sarah Bernhardt, ou cet agent de l’IRA, nom de code James Joyce, au langage difficilement compréhensible. La pâte à pain lève et déborde pour devenir la boue du Mississippi. Il y a une statue de cacahouète volée, une voiture trafiquée, le «peanutmobile», coursier de la vengeance sous le signe de la cacahouète…
Surréalisme et réalisme social, visions chamaniques et quotidien terre à terre, présent et passé, histoire et mythe se mêlent dans un récit aussi halluciné que brillamment écrit, pour dévoiler les divers visages de l’Amérique en illustration de simples vérités: à travers les âges, le pouvoir corrompt, le don de soi est salvateur, et l’union fait la force quel que soit l’ennemi.
Ce roman n’est pas une oeuvre de ghetto indien, mais une création littéraire à part entière. L’argument indien y est largement transcendé par la portée universelle du contenu. La construction élaborée et l’écriture foisonnante, sensible, riche d’invention, ne sont pas sans rappeler de grands auteurs contemporains d’Amérique latine comme Garcia Marquez ou Luis Sepulveda.




face à une forme de destruction bien plus dangereuse qu’un cyclone. C’est aussi, en filigrane, une réflexion sur la nature du récit, le sens qu’on lui prête et sa force agissante. C’est un récit – le mythe – qu’incarne Ama et dont Omishto cherche à comprendre le sens. Ce sont des récits qui sont jugés devant le tribunal et le conseil des Anciens. C’est encore un récit, une sorte de conte initiatique, qu’on livre au jugement du lecteur.




chansons populaires remontent, avec leurs formules, leur balancement. C’est de la libre association que vont naître, les premiers embryons d’une traduction future. Certains ne survivront pas au moment du choix final qui dépendra autant du texte de départ que de la sensibilité subjective du traducteur aux éléments qui le constituent. Et de ce que, en tapant bien, on parvient à faire rentrer dans quelques mots, quelques sons et quatre vers. Limite, et mesure du possible.