Anniversaires
Publié par danakame le 18 août 2009

Chroniques de la vie musicale
1990 – 1991
Tel Attila et ses hordes barbares, l’événement médiatique écrase tout sur son passage.
Paris-Dakar, jeux olympiques, coupe du monde de football et j’en passe, sont autant de secousses que nous inflige le vaste réseau d’un système nerveux hypertrophié, fort heureusement doté par l’esprit civilisateur d’un bouton pour couper le contact. Et notre âme sensible se réconforte alors aux accents de Mozart. . . Divin Mozart dont le bicentenaire est à la vie musicale ce que l’événement est au monde des médias.
La production s’affaire. Les livres sur Mozart emplissent les vitrines des libraires, les enregistrements nouveaux, intégrales et rééditions de tous poils envahissent les disquaires, les pages des magazines se couvrent d’encarts publicitaires, les concerts du bicentenaire poussent comme les champignons après la pluie. Nous épargnera-t-on les gadgets du dernier bicentenaire? Celui, j’entends, de la Révolution. Faudra-t-il voir aussi fleurir les plateaux, services à café, serviettes de table, essuie-mains, ou même les tapis de bain Mozart, comme aux plus beaux jours du Silver Jubilee de sa très britannique Majesté … ou des derniers mariages princiers d’outre-Manche?
Prince parmi les princes, Mozart est une valeur sûre. Osons donc espérer que son réel génie survivra au commerce et au déluge d’interprétations de masse médiocres. Et consolons-nous en songeant que tous les anniversaires ne sont pas à vendre. Quel hommage rendra-t-on en effet à Louis Ferdinand Herold qui fête ses deux cents ans cette année? Mort il y a cent ans, Léo Delibes reste dans les mêmes limbes que l’an dernier. Le centenaire de Sir Arthur Bliss passera probablement inaperçu hors d’Angleterre et les amoureux de Chabrier fêteront discrètement entre eux les 150 ans de leur roi. Qui osera rééditer en livre de poche Gradus ad Parnassum, traité de contrepoint qui fut l’ABC de Haydn? Johann Joseph Fux, auteur de cet ouvrage, est pourtant mort il y a tout juste 250 ans. . . Peut-on imaginer une intégrale de toutes les versions possibles de Plaisir d’amour, célèbre romance de Martini dont on fête cette année les deux cent cinquante printemps?
Allons, trêve d’inepties, au royaume de la musique comme dans l’ouvrage de George Orwell, certains animaux sont plus égaux que d’autres. Alors, bonne chance Mozart. . . et non-anniversaire monsieur Gardel qui n’avez plus cent ans depuis le 20 décembre !

© Danièle Laruelle, France Musique, janvier 1991.
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